Qu’est-ce que des attentats perpétrés contre des catholiques disent du moment que nous vivons ?
Frédéric Saint Clair : Soyons clairs : les attentats et les agressions contre des catholiques ne devraient jamais être considérés comme des faits divers. Car tous sont la marque d’une guerre civilisationnelle, laquelle vise deux objectifs : la soumission et/ou l’anéantissement. Ce qui est trompeur, et qui peut laisser croire à des actes isolés, c’est qu’une guerre civilisationnelle ne se mène pas dans la France du XXIe siècle comme dans l’Espagne du IXe. Mais le but visé est identique : la domination. L’unique question qui se pose aux catholiques aujourd’hui est : sont-ils disposés, sous prétexte de bons sentiments faussement chrétiens, à vivre dans une humble et progressive soumission ?
Les chrétiens sont-ils trop dans le laisser-faire au plan temporel ?
Pas tous, bien sûr, mais majoritairement, oui. L’Évangile a introduit dans le monde ce concept révolutionnaire qu’est l’agapè, l’amour du Christ, et notre société chrétienne occidentale n’a cessé de le questionner pendant des siècles, jusqu’à ce que le phénomène de sécularisation emmené par les Lumières ne s’empare de ce concept, entre autres, et ne le remanie à la sauce humaniste des « droits individuels ». Cette lecture a totalement désarmé le chrétien en le soumettant premièrement aux puissances du monde, et ensuite en l’éloignant de l’Évangile au sein duquel l’amour est une puissance incarnée par le Christ et l’Esprit Saint. Comment nous sommes-nous laissés convaincre que le christianisme était synonyme d’impuissance ? C’est un mystère !
Cette lecture de l’Évangile est-elle pertinente face à la menace du mal radical ?
Une telle lecture est dévastatrice moralement et politiquement, car elle soumet le chrétien au mal. Or, le Christ est justement venu montrer aux hommes le moyen de vaincre le mal, et non de s’y soumettre. Nous avons tendance à focaliser notre attention sur le verset de Matthieu : « Je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l’autre » (5, 39). Mais nous ne pouvons extraire de l’Évangile un verset, et le considérer in abstracto comme un absolu. Par exemple, Matthieu dit aussi : « Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée » (10, 34). Verset tout aussi utile ! Comment concilier les deux ? Il est urgent de repenser le premier à la lumière du second, et donc de questionner ce concept d’« épée », dont Jésus a fait un usage spirituel abondant et dont il a enseigné le maniement à ses disciples.