Une période catholique dans les arts ? - France Catholique
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Une période catholique dans les arts ?

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Est-ce que nous vivons une période catholique dans les arts? Beaucoup de lecteurs peuvent poser une question différente : Pourquoi devrions nous nous intéresser aux arts? Notre culture est dans une situation précaire, et l’Eglise a beaucoup de batailles – politiques et morales – à livrer qui sont de façon évidente beaucoup plus importantes. Le monde des Arts et des divertissements est pour le samedi soir ainsi que les autres moments de loisir; l’évangélisation de la culture n’est pas la ligne de front de nos efforts.

J’aimerai suggérer une autre manière d’envisager les choses. En paraphrasant une remarque de G.K. Chesterton, pour bâtir une culture, nous devons agir avec l’épée dans une main et la truelle dans l’autre. comme Nehémia a reconstruit Jérusalem. L’épée est l’arme de la défense. Elle représente l’argumentation logique et le débat public. La truelle est l’outil de la construction. Avec la truelle nous montons les murs et préparons la terre pour les plantations. Alors que l’épée maintient les envahisseur au dehors, la truelle crée une nouvelle ville. Et qu’est ce que la truelle représente ? Les œuvres de l’imagination artistique.

Pourquoi de telles œuvres sont-elles si importantes ? Parce qu’elles sont capables de nous faire
méditer sur la manière dont la vie devrait être vécue. Lire un roman ou regarder un film, c’est entrer dans un espace de contemplation; c’est contempler des êtres humains imaginaires poursuivant un bonheur réel ou erroné et réfléchir à ce que leurs efforts signifient pour nos propres vies. Et comme dans la prière contemplative, la contemplation des arts contraint notre amour ainsi que de notre esprit.

C’est pourquoi l’art est tellement attractif: ce n’est pas uniquement un exercice conceptuel. Nous pouvons acquérir beaucoup de connaissances abstraites et théologiques au sujet de la vertu d’humilité en lisant la Somme Théologique de St Thomas d’Aquin. Mais nous pouvons voir l’humilité en action, et dans un certain sens tomber amoureux d’elle, en lisant « Orgueil et Préjugés » de Jane Austen.

C’est parce que, d’une certaine manière, nous tombons amoureux des œuvres d’art qu’elles ont un tel pouvoir pour transformer nos vies. D’une certaine manière, nous tendons à devenir ce que nous aimons. Ainsi il est très important de créer des œuvres imaginaires qui nous permettent d’imaginer comment vivre les décisions que nous devons prendre, et les rôles que nous devons jouer.

Il y a une certaine priorité des arts sur la politique, car, sans des images attrayantes de la civilisation que nous espérons construire, notre engagement politique n’aura aucune vision générale captivante.

Les écrivains catholiques et les amateurs de fictions ressassent souvent, comme si c’était l’âge d’or, le réveil de la littérature catholique au vingtième siècle, qui nous donna Chesterton, Hilaire Belloc, Evelyne Waugh, Graham Greene, Muriel Spark, Flannery O’Connor, Walter Percy, J.F. Powers, et beaucoup d’autres.

Souvent cette question vient à l’esprit : Pourquoi n’avons nous plus d’écrivain comme eux aujourd’hui? Une bonne réponse à cette question est que nous avons beaucoup d’excellents écrivains catholiques (et aussi d’autres artistes) aujourd’hui qui méritent beaucoup plus que l’attention que nous leur portons. Cependant, il semble qu’il y ait quelque chose à propos de cette panoplie de grands écrivains catholiques qui devrait être reprise par les écrivains catholiques contemporains, au moins de façon plus générale. De quoi s’agit il?

Je prétend qu’il s’agit d’un engagement plus important et plus efficace dans le monde laïc des arts et du spectacle. Tous les écrivains cités ci-dessus ont écrit des œuvres de fiction qui peuvent être décrites comme étant catholiques, mais toutes ont acquis une grande réputation parmi des lecteurs en dehors du monde catholique. Ceci était un peu plus facile à faire il y a cinquante ou cent ans. Il n’y a aucun doute que la culture occidentale a décliné précipitamment au cours des récentes décennies, désynchronisant de plus en plus l’imagination catholique par rapport à la culture laïque dominante.

« Brideshead Revisited » de Waugh était un livre retenu par le club de la sélection du mois pour janvier 1946. Il est difficile d’imaginer un roman traitant d’une conversion au catholicisme puisse bénéficier aujourd’hui d’une telle approbation populaire. Et cependant, pour évangéliser notre culture les artistes catholiques doivent trouver le moyen de promouvoir leurs œuvres devant un grand public laïc. C’est un très grand défi, mais c’est un défi que les artistes catholiques doivent relever sans excuse. La culture a un très grand besoin de notre vision.

Ce qui a rendu les grands écrivains catholiques du vingtième siècle capable de gagner un public laïc était, d’abord et avant tout, leur art qui était de premier ordre. Et en partie, ce qui les a rendu si bons dans leur art c’est qu’il ont appris auprès des meilleurs maîtres qu’ils soit catholiques ou pas.

Evelyn Waugh a appris de Ronald Firbank et Max Beerbohm; Graham Greene et Flannery O’Connor ont appris de Henry James; Walker Percy de Sartre et Camus, Bellow et Vonnegut. Ainsi pour produire un engagement plus efficace avec le monde laïc des arts et du spectacle, les artistes catholiques doivent avoir une compréhension catholique, c’est à dire universelle, de la tradition dans laquelle il travaillent.

Alors que l’Eglise jouit de la Grâce de posséder la plénitude de la vérité, cela ne veut pas dire que le bien, le vrai et le beau soient la propriété exclusive des catholiques. En particulier quand on en vient à l’art laïc , chaque praticien doit se soumettre humblement au maître de son art – non pour acquiescer à toutes les pensées de ces maîtres – mais pour apprendre ce qui dans leur art transcende les simples manies et erreurs.

Avec cette attention à l’art et aux traditions de l’art, et avec des artistes s’efforçant sans cesse de présenter leurs œuvres à des audiences laïques, nous pourrions voir les artistes catholiques exercer une plus large influence sur notre culture. Nous pourrions voir une nouvelle ère catholique dans les arts, qui bénéficierait à tous – catholiques et non-catholiques pareillement.

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Daniel McInerny est un philosophe et écrivain de fictions pour les enfants et pour les adultes. Vous pouvez trouver plus de détails sur lui et sur ses œuvres sur danielmcinerny.com.

http://www.thecatholicthing.org/columns/2014/a-catholic-moment-in-the-arts.html

Photo : Flannery O’Connor