Je connais un grand nombre de jeunes femmes catholiques extraordinaires – intelligentes, belles et ferventes chrétiennes – qui cherchent chacune un bon mari ; j’en connais tant, en fait, que parfois je me demande où elles étaient toutes quand j’avais leur âge et que je me cherchais une épouse.
Quand je suis sincère avec moi-même et que je regarde les jeunes gens catholiques brillants auxquels j’enseigne, je dois bien admettre qu’à leur âge, j’étais aussi ignorant des réalités du mariage et de la famille qu’ils semblent l’être eux-mêmes. Donc, bien qu’il y ait eu probablement des tas de jeunes femmes catholiques formidables autour de moi, je suis sûr que : (A) je ne les ai pas remarquées, ou (B) je n’ai jamais eu le courage de demander à aucune d’entre elles de sortir avec moi. Par conséquent, je ne suis pas insensible aux problèmes rencontrés par les deux clans dans l’actuelle impasse des relations amoureuses.
Les hommes ne savent pas comment demander, et les femmes ne sont pas supposées solliciter cette demande, d’où l’enlisement. Les rendez-vous amoureux ne sont plus une danse chorégraphiée entre les sexes ; vous traversez à toute allure une zone de guerre potentielle au volant de votre blindé léger, priant pour ne pas rencontrer un champ de mines en chemin. C’est extrêmement éprouvant.
Plusieurs jeunes filles catholiques de ma connaissance sont allées sur des sites internet tels Catholic Match. Je n’ai pas d’objection de principe. A l’époque de Jane Austen, il arrivait que des jeunes gens s’écrivent des lettres pour apprendre à se connaître avant de pouvoir se rencontrer. Il y avait parfois des désillusions, déjà à l’époque de Jane Austen. Mais des efforts de ce genre n’étaient pas inconnus dans une culture où des jeunes femmes éduquées et compétentes cherchaient un époux de bonne réputation, peu désireuses d’épouser le robuste forgeron du bas de l’avenue ou un propriétaire terrien sur le retour juste parce qu’ils se trouvaient habiter la même ville qu’elles-mêmes. Alors, bien qu’internet soit un outil de communication imparfait, il peut se révéler nécessaire.
Et maintenant, puis-je proposer aux jeunes hommes catholiques quelques utiles recommandations ? Jeunes gens, il s’est révélé très clair au travers des réactions que j’ai entendues de façon répétée de la bouches de jeunes ferventes catholiques intelligentes et belles que vous feriez une énorme erreur en proclamant que vous recherchez « une épouse catholique traditionnelle ».
Ce que les jeunes femmes entendent quand vous dites une épouse catholique « traditionnelle », c’est que vous voulez une épouse qui restera à la maison à faire le ménage, la cuisine et prendre soin des bébés pendant que vous irez travailler toute la journée. Pour le dire autrement, vous voulez votre mère. Et s’il y a une chose que la plupart des femmes catholiques ferventes et intelligents ne veulent pas (et tout particulièrement celles qui désirent beaucoup d’enfants) c’est de devenir en quelque sorte la mère d’un homme adulte.
Il y a également un problème historique lancinant. Que signifie pour vous traditionnel ?
Au cours de la plus grande partie de l’histoire humaine, la plupart des maris et des épouses étaient dans l’obligation de travailler rien que pour survivre, et tous les deux travaillaient à la maison ou à proximité. Les premières industries avaient tendance à se faire à domicile, ce pourquoi on les a appelées « cottage industries ».
Il est important de comprendre que le premier coup porté à la famille a eu lieu durant la révolution industrielle, quand les pères ont quitté la maison pour la plus grande partie de la journée. Les résultats nocifs découlant de l’éloignement des pères de leur progéniture se sont vus quasi immédiatement dans les taudis et quartiers pauvres des grandes villes industrielles, quand les adolescents, en l’absence d’aînés pour les guider vers l’âge adulte, traînaient dans les rues, privés de conseils et d’apprentissage. Alors, comme leurs instincts hormonaux n’étaient plus canalisés dans le travail ou les charges de famille, ils ont conduit au vol et au dévergondage.
La « famille catholique traditionnelle », où l’époux travaillait tout le jour tandis que l’épouse restait seule à la maison avec les enfants n’a vraiment existé – et pas toujours avec succès – que dans la classe moyenne supérieure blanche protestante, à la fin des années 50 et au début des années 60. Travailler dans un bureau toute la journée n’est pas nécessairement mal (cela dépend de comment cela affecte votre famille). C’est seulement moderne. Il n’y a rien de spécialement traditionnel là dedans.
Comme médiéviste, quand j’entends un jeune homme déclarer qu’il veut un mariage catholique « traditionnel », j’imagine qu’il veut s’entraîner comme chevalier, devenir vassal du seigneur local, obtenir un fief après quelques batailles victorieuses, et ensuite trouver la femme idéale pour diriger le manoir tandis qu’il est au loin – quelqu’un capable de traire les vaches, faire les foins et diriger les ouvriers agricoles.
Ce n’est pas aussi ridicule qu’il peut sembler. Je connais un jeune homme dont le père était professeur mais également fermier à temps partiel. Il a entamé une correspondance avec une jeune femme ravissante qui partageait sa passion pour l’agriculture. Elle avait écrit une lettre à l’éditeur, en réponse à un article qu’il avait écrit dans un journal d’agriculture. Il a été conquis, semble-t-il. Ils n’ont pas tardé à se marier, à élever des enfants et à cultiver quelques terres. Que Dieu les bénisse.
Pendant que j’y suis, je ne pense pas que ce style de vie aurait tenté la jeune Jane Austen, tout comme il ne tente guère non plus ses équivalentes catholiques contemporaines. Mais cela a une indéniable beauté et cela suppose une tradition dans le sens où cela est en lien avec des pratiques et des vertus bien définies.
Par conséquent, laissez-moi suggérer qu’une épouse catholique « traditionnelle » est celle dont la vie s’ancre dans une tradition constituée de vertus et de pratiques – dans ce cas, disons la tradition intellectuelle catholique et la vie des vertus intellectuelles, morales et théologiques. C’est cette tradition clef dont vous devriez vous soucier. Vous seriez bien fou de définir la tradition par rapport à un arrangement particulier ayant pris place dans un laps de temps donné.
Les jeunes femmes charmantes et solides veulent un homme charmant et solide, pas un gamin cherchant une mère de remplacement. Alors, du cran. Acceptez-le. Vous alllez avoir à élever vos enfants de concert avec votre épouse. Si vous pensez pouvoir vous décharger de cette tâche sur les épaules de votre épouse ou des enseignants à l’école, vous ne suivez pas la tradition catholique. Vous suivez seulement une tradition stupide.
Une épouse charmante et solide, qui soutient son mari, en fait un homme meilleur.
Randall Smith est professeur de théologie (chaire Scanlan) à l’université Saint-Thomas de Houston (Texas).
Illustration : la fiancée réticente, de Auguste Toulmouche, 1866 (collection particulière)
source : https://www.thecatholicthing.org/2016/06/01/a-traditional-catholic-wife/
Pour aller plus loin :
- La paternité-maternité spirituelle en vie monastique est-elle menacée en Occident ?
- Chrétienté traditionnelle versus hérésies chrétiennes.
- Tugdual Derville, Délégué général d’Alliance VITA, réagit à l’arrêt de la Cour de cassation qui légitime l’adoption plénière d’enfants par l’épouse d’une femme l’ayant obtenu à l’étranger par procréation artificielle avec donneur anonyme (PMA).
- Le nouvel Adam et la nouvelle épouse
- Le catholique anti-catholique.