Prier « pour la vie naissante », c’est ainsi que l’Église a choisi de célébrer, cette année, l’entrée dans l’Avent. Pour le déroulement de la cérémonie, le Vatican a adressé aux Églises locales une trame précise, dont le cœur est l’adoration du Saint-Sacrement. L’initiative est largement reprise en France, dans presque tous les diocèses, avec des évêques très mobilisés. à l’image de l’archevêque de Paris qui présidera une veillée à Montmartre. Pour l’Île-de-France, ces soirées viennent en écho aux deux premières éditions printanières des veillées pour la vie, qui ont déjà rassemblé les fidèles à Notre-Dame de Paris en 2009 et 2010, à l’initiative du cardinal Vingt-Trois, autour de tous leurs évêques de la région.
Quinze ans après la publication de l’encyclique L’évangile de la Vie — c’était pour l’Annonciation 1995 — c’est un vœu du pape Jean-Paul II qui prend progressivement corps sous l’impulsion de son successeur : « Une grande prière pour la vie, qui parcourt le monde entier, est une urgence » (voir encadré). Car si Evangelium Vitae fonde la réaffirmation du caractère inviolable de la vie humaine sur des arguments de droit et de justice accessibles à tous —croyants et incroyants — c’est aussi un texte profondément spirituel et même une invitation à la conversion pour tous.
à partir d’un « regard contemplatif » l’homme est appelé à reconnaître l’éminente dignité de toute vie humaine, mais aussi à puiser des forces pour l’annoncer « à temps et contretemps ». L’article 95 de l’encyclique contient une célèbre formule exhortant les chrétiens à « construire, tous ensemble, une nouvelle culture de la vie ». Jean-Paul II souligne alors qu’« on doit commencer par renouveler la culture de vie à l’intérieur des communautés chrétiennes elles-mêmes ». Non seulement parce que certaines de ces communautés ont pu s’éloigner gravement de la conviction que toute vie humaine mérite d’être protégée « de la conception à la mort naturelle », mais encore parce que tout chrétien a toujours du chemin à parcourir pour « choisir la vie » et la servir.
La prière pour la vie est donc d’abord une façon de redéposer aux pieds du Maître de la Vie une réalité qui dépasse l’individu : consolé et encouragé mais aussi ajusté, chacun peut alors se laisser envoyer. Sous la houlette de leurs pasteurs, les brebis risquent moins de se perdre en actions désordonnées. La diversité peut devenir communion.
Que pèse en effet le volontarisme d’un homme seul au milieu de l’affrontement entre la culture de la vie et celle de la mort ? D’autant que Jean-Paul II souligne que cet affrontement traverse chaque conscience. Le tout début du chapitre II de son encyclique, laisse voir le « pape de la vie et de la miséricorde » courbé sous le poids d’un constat effrayant : « Face aux menaces innombrables et graves qui pèsent sur la vie dans le monde d’aujourd’hui, on pourrait demeurer comme accablé par le sentiment d’une impuissance insurmontable : le bien ne sera jamais assez fort pour vaincre le mal ! »
Mais vient aussitôt la réponse de l’Espérance : « C’est alors que le peuple de Dieu, et en lui tout croyant, est appelé à professer, avec humilité et courage, sa foi en Jésus Christ, ‘le Verbe de vie’ (1 Jn 1, 1). » Les centaines de veillées pour la vie qui fleuriront en France pour l’entrée dans l’Avent constituent à cet égard un retour à la Source.
évangile de la Vie (Art. 100)
« Dans ce grand effort pour une nouvelle culture de la vie, nous sommes soutenus et animés par l’assurance de savoir que l’Évangile de la vie, comme le Royaume de Dieu, grandit et donne des fruits en abondance (cf. Mc 4, 26-29). Certes, la disproportion est énorme entre les moyens considérables et puissants dont sont dotées les forces qui travaillent pour la « culture de la mort » et les moyens dont disposent les promoteurs d’une « culture de la vie et de l’amour ». Mais nous savons pouvoir compter sur l’aide de Dieu, à qui rien n’est impossible (cf. Mt 19, 26).
Ayant cette certitude au cœur et animé par une sollicitude inquiète pour le sort de chaque homme et de chaque femme, je répète aujourd’hui à tous ce que j’ai dit aux familles engagées dans leurs tâches rendues difficiles par les embûches qui les menacent : une grande prière pour la vie, qui parcourt le monde entier, est une urgence. Que, par des initiatives extraordinaires et dans la prière habituelle, une supplication ardente s’élève vers Dieu, Créateur qui aime la vie, de toutes les communautés chrétiennes, de tous les groupes ou mouvements, de toutes les familles, du cœur de tous les croyants ! Par son exemple, Jésus nous a lui-même montré que la prière et le jeûne sont les armes principales et les plus efficaces contre les forces du mal (cf. Mt 4, 1-11) et il a appris à ses disciples que certains démons ne peuvent être chassés que de cette manière (cf. Mc 9, 29). Retrouvons donc l’humilité et le courage de prier et de jeûner, pour obtenir que la force qui vient du Très-Haut fasse tomber les murs de tromperies et de mensonges qui cachent aux yeux de tant de nos frères et sœurs la nature perverse de comportements et de lois hostiles à la vie, et qu’elle ouvre leurs cœurs à des résolutions et à des intentions inspirées par la civilisation de la vie et de l’amour. »