Les Nations - France Catholique
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Dieu face à l'État
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Les Nations

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On lit souvent dans le Bréviaire et dans les Écritures des phrases telles que celles-ci :

« Toutes les nations acclameront Sa gloire » « Il sera juge entre les nations » ; « Toutes les nations verront la gloire de votre Saint Fils Unique » ; « Les nations sauront que je suis le Seigneur » ; « Tous les rois de la terre se prosterneront en adoration » ; « Les nations verront votre justice » ; « Existe-t-il une grande nation dont les dieux soient aussi proches d’elle que l’est le Seigneur ?» ; « Roi des nations, vous avez appelé les Mages pour vous adorer en tant que primat des nations » ; « De nombreuses nations s’uniront au Seigneur en ce jour » ; « Toutes les nations s’avanceront dans votre lumière » ; « Hommes et femmes de chaque nation le serviront.»

Ces phrases et des phrases similaires nous frappent car ces évènements ne surviennent pas en ce monde. Et que penser de : « nations acclamant la gloire de Dieu ?» Les nations ne sont pas des personnes. Aucun ensemble politique n’est un être concret, malgré l’existence de « corporations » ou de « personnes morales » instituées légalement dans un but défini. Alors, de quoi s’agit-il quand on nous dit que les « nations » vont « adorer » Dieu ? Et quand bien même le pourraient elles, il est fort douteux que beaucoup de nations adoreraient Dieu comme il leur a dit et selon la manière qu’Il a indiquée. On en vient à l’éventualité d’une « nation perverse » comme s’il s’agissait d’un quelconque individu.

Il y a de par le monde quelque 195 ensembles que nous appelons « états ». Le terme « état » est un mot moderne de signification contemporaine. C’est une notion dominant les citoyens qui en sont les sujets. Le mot Grec « politia » désignait plutôt la manière dont les citoyens ayant choisi certains objectifs moraux s’organisaient pour les promouvoir et les protéger. Les termes classiques — monarchie, aristocratie, citoyenneté, démocratie, oligarchie, tyrannie, et régimes mixtes — découlent de cette approche traditionnelle.
Le terme « nation » a été analysé par Jacques Maritain dans son ouvrage « L’Homme et l’État ». Le mot vient de « natus », « né », « de naissance ». Ainsi tribus et nations font référence à ceux qui ont même origine de sang. On ne choisit pas son sang. Un état voulant faire disparaître la nation se heurterait à un problème délicat. Si on enlève aux états tous les liens familiaux, de parenté, et l’idée de nation, il ne reste que des citoyens sana attaches, sans racines par le sang ou par le pays, sans rien qu’une relation formelle et légale avec un lointain souverain. En ce sens, le terme « nation-etat » est bien préférable à « état », lo stato, comme l’appelait Machiavel.

La notion dans le Nouveau Testament « rendez à César ce qui est à César » était bien radicale. Elle sous-entendait que certaines choses n’appartenaient pas à César. Elle coupait en deux chaque état. Puis demandait aux deux moitiés ayant toutes deux le même peuplement de fonctionner en respectant la division. La règle politique a perdu son « exclusif exercice du pouvoir ». Et, à tout prendre, quoi donc appartient à César ? Si tout lui appartient, il sera inévitablement amené à exiger qu’on l’adore comme un dieu, phénomène fréquent dans l’histoire de l’humanité, même de nos jours. Par ailleurs, « Mon royaume n’est pas de ce monde » ne signifiait pas que l’Église dût être complètement invisible. Cette affirmation signifiait qu’il ne s’agissait pas d’un « état » opposé à d’autres organismes politiques dont les fondements relevaient de la raison, et non de la révélation, et n’avaient donc nul besoin d’être « révélés ».

L’idée « toutes les nations t’adoreront » n’est-elle qu’une métaphore ? Seuls les individus peuvenr adorer Dieu. Les états et les nations ne sont pas des « objets ». Ils sont la marque de la relation entre individus. Mais que sommes-nous de nous mêler de ces citations évoquant « toutes les nations » adorant Dieu ? Une piste consiste à considérer ces phrases non pas comme une espèce de prière de l’ONU mais comme purement eschatologiques. On peut se demander s’il y aura des « nations » dans l’autre monde. Nous connaîtrons certainement nos « origines ».

Le mot « séculier » désigne ce qui est propre à ce monde (saeculum). On peut parler de rois, reines, présidents, empereurs, ou premiers ministres adorant Dieu à titre personnel, chacun selon son propre destin transcendant. Ils peuvent aussi « s’exprimer » au nom des peuples qu’ils représentent. Un état, dans ses propres limites, peut-il rendre un hommage approprié à Dieu ? Un état rend hommage à Dieu précisément en étant ce qu’il est.
Alors, quiconque, de quelque nation, de quelque « sang » que ce soit peut en personne adorer Dieu, pourvu que l’état où il réside ne se présente pas, implicitement ou explicitement, comme un dieu détenteur de toute vérité. Les soupçons d’ « idolatrie » formulés dans l’Apocalypse n’étaint pas de simples spéculations.

Cependant, nous lisons dans l’Apocalypse [15 : 4] : « Car seul Tu es saint : toutes les nations viendront se prosterner devant Toi.» Les païens qui préfèrent les idoles ne sont évidemment pas saints ni n’ont accès à la « présence ».

19 janvier 2016

Source : https://www.thecatholicthing.org/2016/01/19/on-the-nations/


http://www.france-catholique.fr/Offre-speciale-Careme-Ste-Therese.html