Cette antique séquence du IXe siècle est un dialogue d’une grande poésie entre l’Église et Marie-Madeleine. Elle a inspiré cette méditation à un moine de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux.
par un moine de l’Abbaye Sainte-Madeleine du Barroux
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Noli me tangere, Giotto
« À la victime pascale. » C’est à ce poème lumineux que revient d’exprimer pour la première fois dans la liturgie pascale notre foi en la Résurrection du Christ. Et avec quelle force, quelle joie grave et victorieuse ! Comme les disciples remplis de joie à la vue du Seigneur, mais n’osant prononcer une parole, nous répétions l’Alléluia depuis le cœur de la Nuit sainte, sans oser affirmer ce que nous savons. Comme si la joie qui est plénitude de l’amour précédait la certitude de l’intelligence. Aussi, Jésus lui-même nous invite-t-il doucement au début de la messe, quand il chante à son Père : « Resurrexi… » Mais cela ne suffit pas, aussi nous interrogeons Marie-Madeleine : « Dis-nous, Marie, qu’as-tu vu en chemin ? », comme nous interrogions les bergers au cours de la nuit de Noël.
Marie a vu : elle a vu le tombeau vide, les linges mortuaires laissés par le Christ vivant, et la gloire dont il est désormais revêtu. Mais ce n’est que lorsqu’elle nous dit : « Il est ressuscité, le Christ, mon Espérance ! » que nous osons l’affirmer, à sa suite : « Il est vraiment ressuscité ! » Sainte Madeleine a raison de nos dernières craintes, de notre incrédulité. Pourquoi ?
Sans doute parce que c’est à elle que Jésus a confié le soin d’annoncer sa résurrection aux apôtres. Même s’ils ne l’ont pas crue alors, elle reste la dépositaire privilégiée du germe de la foi qui, semé dans un cœur bien disposé, doit conduire à la nouveauté de la vie. Si Jésus reproche à ses disciples leur incrédulité, n’est-ce pas parce que leur cœur s’est endurci ? « C’est trop beau pour être vrai », pensent-ils. Ils sont comme Moïse et Aaron aux eaux de Meriba : « Ferons-nous jaillir pour vous de l’eau de ce rocher ? »
Madeleine aussi était dans la nuit. Pensait-elle à une possible résurrection lorsqu’elle cherchait le corps de Jésus au matin de Pâques ? Laissons saint Grégoire le Grand soulever un coin du voile : « Pour quelqu’un qui aime, il ne suffit pas d’avoir regardé une seule fois, car la force de l’amour multiplie la volonté de recherche. Elle a donc cherché une première fois, et elle n’a rien trouvé ; elle a persisté dans sa recherche, d’où il advint qu’elle trouva ; et il se fit que les désirs différés s’accrurent, et qu’en s’accroissant ils saisirent ce qu’ils avaient trouvé. »Victimæ paschali laudes
Victimæ paschali laudes immolent Christiani.
Agnus redemit oves :
Christus innocens Patri reconciliavit peccatores.
Mors et vita duello conflixere mirando
dux vitæ mortuus, regnat vivus.
Dic nobis Maria, quid vidisti in via ?
Sepulchrum Christi viventis,
et gloriam vidi resurgentis :
Angelicos testes, sudarium, et vestes.
Surrexit Christus spes mea :
præcedet suos in Galilæam.
Scimus Christum
surrexisse a mortuis vere :
tu nobis, victor Rex, miserere.
Amen, Alleluia.
À la victime pascale
À la victime pascale,
que les chrétiens offrent
un sacrifice de louanges !
L’Agneau a racheté les brebis ;
le Christ innocent a réconcilié
les pécheurs avec son Père.
La mort et la vie
se sont livré un duel fantastique :
le prince de la vie meurt,
puis règne vivant.
Dis-nous, Marie : Qu’as-tu vu en chemin ?
J’ai vu le tombeau du Christ vivant,
et la gloire du Christ ressuscité.
Les témoins angéliques,
le suaire et les linges.
Il est ressuscité,
le Christ, mon espérance ;
il précédera les siens en Galilée.
Nous savons que le Christ
est vraiment ressuscité des morts.
Vous, ô Roi victorieux,
ayez pitié de nous.
Amen, Alléluia.
Hymne chanté avant l’Alléluia pendant toute l’octave de Pâques. —
Sainte Madeleine. Les moines de l’abbaye Sainte-Madeleine chantent leur sainte patronne, chants grégoriens, 15 €.