Pouvez-vous donner quelques repères historiques et religieux concernant la Finlande ?
Jean-Paul Besse : La Finlande, terre d’extension du puissant royaume de Suède, est un peuple conquis, christianisé de force, devenu luthérien au moment de la Réforme. Le pays étant devenu grand-duché de l’empire russe en 1809, l’Église orthodoxe y est la deuxième reconnue par l’État. Au centre du pays, Kupio, au milieu de magnifiques lacs, est la capitale orthodoxe du pays. Mannerheim, luthérien, a toujours gardé une grande admiration pour l’orthodoxie, qu’il a côtoyée en Russie et qui était d’ailleurs la religion de sa femme, aristocrate russe. L’une de ses filles se convertira plus tard au catholicisme.
Mannerheim choisit de servir la Russie impériale. De quelle façon ?
Il entre dans le corps des cadets, puis dans celui des chevaliers-gardes, le plus proche de Nicolas II : il est l’un de ceux qui accompagnent le tsar lors de son couronnement, en 1896. Il se couvre de gloire en 1904-1905, lors de la guerre de Mandchourie contre les Japonais – perdue par la Russie. Il sert également la Russie impériale par une expédition de près de deux ans en Chine, prétendument archéologique mais en réalité d’espionnage au profit de l’empire russe. Il restera toute sa vie d’une fidélité totale à Nicolas II, dont le portrait trônera toujours dans son bureau.
Quelle est sa réaction devant la révolution de 1917, et la menace de soviétisation de la Finlande ?
Il découvre avec horreur la métamorphose calamiteuse de la Russie aux mains de la propagande bolchevique. La volonté des généraux blancs d’annexer la Finlande l’empêche de les rejoindre. Il décide de rentrer en Finlande, où il joue un double rôle. Tout d’abord, il se met aux ordres du nouveau gouvernement finlandais indépendant pour empêcher la soviétisation du pays par des gardes rouges infiltrés. Il rejoint ce que l’on appelle « la Vendée finlandaise », organise une armée qui mène de rudes combats aux alentours de Tempere et libère le pays. Il est donc finalement le seul général blanc vainqueur ! Enfin, les résultats des élections favorisant les sociaux-démocrates le déçoivent mais il se retrouve régent durant quelques mois, au gré de diverses circonstances. Cependant,la politique ne l’intéresse pas.
Quel rôle joue Mannerheim à la veille et lors de la Seconde Guerre mondiale et la fameuse « Guerre d’hiver » ?
Mannerheim a été fait maréchal dans les années 1930. Il essaie d’organiser le réarmement avec l’aide de l’Italie et de la France. Staline envoie 100 divisions en novembre 1939 pour franchir l’isthme de Carélie ; les Finlandais se battent à un contre quatre, avec l’aide active des femmes. Notons la présence de volontaires, en grande partie suédois mais avec quelques dizaines de Français dans la brigade Sisu, qui signifie « courage ». La ligne Mannerheim entrave la progression de l’Armée rouge. Grâce à sa ténacité durant la guerre, Mannerheim sauve son pays une deuxième fois en permettant à la Finlande, malgré des concessions territoriales, d’échapper après la guerre au sort des pays baltes qui se retrouvent sous domination soviétique – ce qui lui vaut l’appellation de « Père de la patrie ».
Mannerheim le fondateur, Jean-Paul Besse, éd. Via Romana,192 pages, 19 €.