Que peut changer, sur le front de l’Ukraine, l’élection de Donald Trump ?
Michel Geoffroy : Il ne faut pas oublier que le mot d’ordre du trumpisme, c’est MAGA : Make America Great Again ; pas Make Europe Great Again. Certes, Donald Trump a promis d’arrêter la guerre en Ukraine. Mais personne ne sait encore ce qu’il envisage pour mettre fin à ce conflit qui, faut-il le rappeler, profite avant tout aux États-Unis, et notamment à son complexe militaro-industriel et à son industrie gazière. Et si l’on prend la peine d’écouter ce que disent vraiment les responsables ukrainiens et russes, on peut sérieusement douter d’une cessation facile des combats. Le risque est donc grand que les États-Unis, après avoir poussé au conflit par procuration contre la Russie, laissent les Européens se dépêtrer d’une crise devenue inextricable…
Vous distinguez « Occident » et « Europe ». Pouvez-vous préciser ?
L’Occident ne désigne plus de nos jours une civilisation, mais un espace mercantile, idéologiquement dominé par l’américanisme, produit de la fusion malsaine entre le progressisme, l’utilitarisme, le capitalisme et le messianisme puritain. L’Occident, c’est l’Europe qui a perdu sa raison, sa foi et sa souveraineté pour des valeurs devenues folles. Le reste du monde perçoit cet Occident comme une maladie civilisationnelle et rejette désormais sa prétention à la domination. Et nous-mêmes devons nous en libérer.
L’OTAN est-elle une alliance militaire efficace pour l’Europe ?
La guerre en Ukraine a confirmé que l’OTAN était bien plus un instrument politique de la domination nord-américaine en Europe qu’un outil militaire efficace. Les normes OTAN ne sont pas adaptées au théâtre européen, à l’instar des chars allemands, anglais ou américains envoyés en Ukraine : trop lourds, trop chers, trop compliqués à utiliser. En réalité, l’Otan n’a pas démontré sa capacité à conduire une guerre moderne de haute intensité dans la durée.
« N’ayons pas peur ! », écrivez-vous à propos de la décadence de l’Occident, en reprenant l’expression de Jean-Paul II. En quoi l’effondrement américain, que vous prévoyez à court ou moyen terme, et l’apparition d’un monde multipolaire constituent-ils une chance pour l’Europe ?
Dans le monde multipolaire qui est en train d’émerger, plus aucune puissance n’est en mesure de dominer toutes les autres, ce que les néoconservateurs américains refusent de comprendre. En outre, l’Occident perd sa domination car il décline objectivement, conséquence de ses folies idéologiques. Mais il faut voir cet état de fait comme une opportunité historique. Car ce qui affaiblit notre suzerain nous redonne aussi la possibilité de reprendre notre destinée en mains. Le monde est en train d’échapper aux mondialistes occidentaux : voilà une bonne nouvelle !
L’Occident peut-il être fier de son rôle dans les bouleversements au Moyen-Orient ?
L’Occident a semé le chaos au Moyen-Orient : par incompétence de ses dirigeants – incapables de comprendre l’histoire des peuples et des religions qui le composent – mais aussi par cynisme, la destruction des États arabes étant censée garantir les intérêts américains et israéliens. Or le chaos débouche non pas sur la démocratie à l’occidentale – le fameux regime change – mais sur la guerre civile, l’islamisme et le terrorisme. On ne peut donc que s’inquiéter d’entendre les mêmes préconiser maintenant une révolution en Iran. L’Europe, affaiblie et soumise à une immigration croissante, n’a rien à gagner d’une confrontation globale de l’Occident avec les pays musulmans. Encore moins la France, qui a bradé sa politique arabe et perdu toute crédibilité dans cette partie du monde. Non, il n’y a vraiment pas lieu d’être fier de ce que l’Occident fait au Moyen-Orient.
Pourquoi est-il essentiel d’aider les chrétiens d’Orient ?
Il était dans la vocation historique de la France de protéger les chrétiens d’Orient depuis Saint Louis, en particulier face aux Ottomans. Mais nos dirigeants ont piétiné aussi cette partie de notre héritage, d’autant qu’ils manifestent la plus totale hostilité vis-à-vis de nos racines chrétiennes. C’est pourtant une profonde erreur d’abandonner la Terre sainte aux extrémistes, avec tous les risques d’embrasement que cela comporte. N’oublions pas que les chrétiens d’Orient nous ont toujours avertis que ce qu’ils subissaient, nous risquions de le connaître à notre tour. C’est pourquoi, il faut soutenir ceux qui agissent concrètement en leur faveur, comme, par exemple, L’Œuvre d’Orient, Aide à l’Église en détresse ou SOS Chrétiens d’Orient.
Un renouveau européen est-il finalement encore possible ?
On voit bien que le cycle progressiste touche à sa fin, parce que la réalité est plus forte que la propagande, comme ce fut le cas hier pour le communisme. Les nations émergentes contestent la prétention à la domination de l’oligarchie mondialiste occidentale. Celle-ci est aussi de plus en plus aux prises, en Occident même, à la révolte des peuples qui comprennent dans quelle impasse on les a conduits. Elle est aussi confrontée à l’apparition de nouvelles élites qui ne respectent plus les commandements du politiquement correct. Ces évolutions rouvrent les perspectives historiques pour l’Europe. À nous, Européens, de le vouloir.
Occident go home ! Plaidoyer pour une Europe libre, Michel Geoffroy, éd. Via Romana, 2024, 135 pages, 17 €.