Bernadette et les écrivains - France Catholique
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Aumôniers militaires : servir les âmes et les armes
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Bernadette et les écrivains

Zola, Huysmans, Veuillot, Sand… La vie de sainte Bernadette n’a pas laissé indifférents les écrivains, même les plus anticléricaux.
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Émile Zola à Lourdes, dessin paru en une de Gil Blas, août 1892.

Émile Zola à Lourdes, dessin paru en une de Gil Blas, août 1892.

Le surnaturel et l’au-delà ont hanté la plupart des écrivains du XIXe siècle, obsédés par le spiritisme et bien des diableries. Siècle des apparitions mariales qui ne manquèrent pas d’éveiller la curiosité de ces plumes pas toujours au service de Dieu. Si La Salette bouleversera et retournera plusieurs hommes de lettres ainsi convertis, Lourdes n’aura pas le même impact pour de possibles conversions, mais l’humble figure de Bernadette fera rendre les armes même aux plus hostiles envers l’Église et la foi.

Le saisissement de George Sand

Philippe Muray, dans son magistral Le XIXe siècle à travers les âges, épingle la passion de l’occultisme chez tous les esprits forts de l’époque. George Sand en est un monument féminin, mais, jeune, elle pensa à la vocation religieuse, et, étrangement, fut saisie intérieurement lors d’un passage à Lourdes, trente-trois ans avant les apparitions de 1858. Elle se perdit ensuite dans sa mare au diable, mais la petite Bernadette aura peut-être intercédé pour elle auprès de la Très Sainte Vierge. Un autre écrivain fameux, qui sent le soufre, Émile Zola, athée, anticlérical, scientiste, naturaliste, mais tout entortillé dans la superstition avec les tables qui tournent et les spectres qui parlent, se penchera sur Lourdes et sainte Bernadette, non point pour y reconnaître la présence divine mais pour y dénoncer la crédulité. Son ouvrage Lourdes de 1894, – premier volume de sa trilogie contre la religion avec ensuite Rome et Paris – sera d’ailleurs mis à l’Index. Huysmans, en 1906, dans Les Foules de Lourdes décortiquera point par point les arguments et les descriptions de Zola. Ce dernier s’intéressa aussi au portrait de Bernadette : « Ce qui ravissait, chez cette Bernadette chétive et pauvre, c’étaient les yeux d’extase, les beaux yeux de visionnaire, où, comme des oiseaux dans un ciel pur, passait le vol des rêves. » Passé brièvement à Lourdes en 1891 et en 1892, il fut tout de même secoué par la foule des souffrants et reconnut que l’homme a besoin de miracles, mais que la science toute neuve le satisfera mieux que la religion dans ce domaine.

Le dernier livre de Huysmans

Huysmans, ce converti revenant du satanisme, consacra son dernier livre à Lourdes, alors qu’il est torturé par la maladie. Point d’illusion divine ici, mais comme un reportage religieux, détaillé, s’arrêtant sur les guérisons que Zola avait tournées en dérision. Bernadette n’est plus ici une « irrégulière de l’hystérie », une hallucinée. Ce qu’il ressent est que « Lourdes est beaucoup moins simple que ne le croient et les catholiques et les incrédules ».

Le plus impressionnant témoin, quasi direct, est le journaliste catholique Louis Veuillot, directeur de L’Univers, qui se rendit à la grotte de Massabielle dès le 28 juillet 1858 et qui rencontra Bernadette. Elle lui relata par le menu tout ce qu’elle avait vécu durant les apparitions. Le grand homme déclara alors : « C’est une ignorante mais elle vaut mieux que moi. » Grâce à son long article du 28 août, les phénomènes extraordinaires de Lourdes furent connus aussitôt en France et à l’étranger, déclenchant la hargne des libres-penseurs qui parlèrent d’« une mise en scène pour gogos » et qui regardèrent le miracle comme un reste d’une civilisation dépassée en cours d’être remplacée par la science.

Bouleversé par une malade

Et puis retentissent les vers poignants de J’allai à Lourdes de Francis Jammes, bien avant sa conversion, alors qu’il est bouleversé par la vue d’une jeune malade lors de la procession du Très Saint-Sacrement sur l’esplanade en 1889 : « Et la procession chantait. / Les drapeaux se penchaient avec leurs devises en or. / Moi je serrais les dents pour ne pas pleurer, / et cette fille, je me sentais l’aimer. / Oh ! elle m’a regardé un grand moment, / une rose blanche en main, souriant. / Mais maintenant où es-tu ? dis, où es-tu ? / Es-tu morte ? je t’aime, toi qui m’as vu. / Si tu existes, Dieu, ne la tue pas : / elle avait des mains blanches, de minces bras. / Dieu, ne la tue pas ! — et ne serait-ce que / pour son père nu-tête qui priait Dieu. »

La toute petite Bernadette n’a pas fini de recueillir les larmes, les blasphèmes, les cris et les prières des humbles et des esprits forts qui rendent les armes et plient sous l’haleine purifiante de Dieu.