L’abbé Marie-Dominique Peyramale, né en 1811 à Momères, à dix-huit kilomètres de Lourdes, où il est mort en 1877, n’aura pas quitté ses Pyrénées natales. Il serait resté un obscur curé du diocèse de Tarbes s’il n’avait été nommé curé de Lourdes en 1855. Les quelques photos qui nous restent de lui montrent un visage sévère, mais tous savaient qu’il était d’une grande bonté. Ses charités envers les pauvres, jusqu’à l’imprudence, étaient bien connues.
Curé énergique
Il fallait un curé énergique et droit pour affronter le maelstrom qui allait suivre les premières apparitions de la Vierge Marie. Après la première apparition, le 11 février 1858, la jeune Bernadette Soubirous en fit la confidence non pas au curé Peyramale, à qui elle n’avait jamais parlé, mais à un de ses vicaires, l’abbé Pomian, qui lui enseignait le catéchisme et était son confesseur. L’abbé Pomian en parla à l’abbé Peyramale. Celui-ci l’a écouté « avec indifférence » et s’est montré prudent : « Il faut attendre. » En réalité, il fut déjà un peu troublé par une expression qu’avait employée Bernadette pour décrire ce qui avait précédé immédiatement la première apparition de la Vierge Marie : « Comme un coup de vent. » L’abbé Peyramale s’était aussitôt souvenu de l’expression employée dans le Nouveau Testament pour décrire la descente du Saint-Esprit au Cénacle.
Néanmoins, dans l’immédiat, l’abbé Peyramale n’était pas encore convaincu du caractère surnaturel de ce qui se passait dans la grotte. Le 2 mars suivant, treizième apparition, pour la première fois, la Vierge Marie demanda à Bernadette : « Allez dire aux prêtres qu’on vienne ici en procession et qu’on y fasse bâtir une chapelle. » La jeune voyante, accompagnée de ses deux tantes pour se donner du courage, alla trouver le curé Peyramale. La première rencontre ne fut pas facile. Le prêtre fut brusque dans son interrogatoire. Encore sceptique, il rendait compte régulièrement à l’évêque de Lourdes des événements.
Le 25 mars, en la fête de l’Annonciation, interrogée par Bernadette, la Vierge Marie lui dit en patois lourdais : Que soy era Immaculada Councepciou, « Je suis l’Immaculée Conception ». La formule est surprenante, car ce n’est pas un nom, c’est un dogme théologique. Devenue religieuse, Bernadette dira dans une lettre au bienheureux pape Pie IX : « Je ne savais pas ce que cela voulait dire, je n’avais jamais entendu ce mot. »
Convaincu par la Vierge
En allant vers le presbytère pour rapporter au curé Peyramale la réponse de la Vierge, Bernadette se répétait la formule en patois, de peur de l’oublier. L’abbé Peyramale fut très étonné. Il eut une réaction brusque : « Tu me trompes ! Tu sais ce que ça veut dire ? » Bernadette ne put que dire non de la tête. Le curé de Lourdes la congédia d’un ton bourru : « Rentre chez toi. Je te verrai un autre jour. » En réalité, il était ému. À une fidèle de la paroisse, Jeanne Ribettes, il confiera le jour même : « J’en ai été tellement bouleversé que je me suis senti chanceler et sur le point de tomber et pour cacher mon émotion, j’ai renvoyé brusquement Bernadette. » Ces paroles de la Vierge Marie l’avaient enfin convaincu de l’authenticité des apparitions. Dès lors, il prendra toujours la défense de Bernadette face aux autorités civiles qui ne cessaient de l’interroger ou de la persécuter : le commissaire de Lourdes, le procureur impérial, le préfet du département. Il la protégea aussi de la presse et des curieux. Par la suite, il sera l’organisateur des premiers pèlerinages à la grotte des apparitions. Il sera l’homme de confiance de l’évêque de Tarbes pour aménager et construire la première chapelle. Et aussi, il accompagnera Bernadette dans le discernement de sa vocation religieuse.
Marie-Dominique Peyramale. Le curé de Lourdes, Yves Chiron, éd. du Cerf, 2022, 312 pages, 24 €.